La GRANDE histoire des Girondins de Bordeaux

par Dominique DELBRAYELLE

1. Les premiers pas (1881-1939)

2. L'Occupation (1939-1944)

2.1. Le début de la Guerre (1939-1941)
2.2. La première Coupe (1941)
2.3. Le scandale marseillais (1943)

3. L'après-guerre : du sacre à la déchéance (1945-1959)

3.1. Première descente (1945-1947)
3.2. La remontée et le titre (1948-1950)
3.3. Le duel avec Nice (1952)
3.4. Descente aux enfers (1953-1960)

4. L'ère Artigas (1960-1969)

4.1. La remontée (1960-1962)
4.2. L'effet Artigas
4.3. Toujours placés, jamais gagnants... (1964-1969)

5. Les année grises (1970-1978)

6. Claude Bez prend le pouvoir (1978-1980)

6.1. Bez aux commandes
6.2. Carniglia, les prémisces du renouveau

7. L'ère Jacquet ou l'âge d'or (1980-1987)

7.1. L'Europe d'entrée ! (1980-1981)
7.2. L'affaire Pantelic (1982)
7.3. La confirmation (1982)
7.4. En route pour le titre (1982-1984)
7.4.1. 1983 : le tour de chauffe
7.4.2. 1984 : le sacre
7.5. L'année de la Juve (1985)
7.6. Enfin la Coupe (1986)
7.7. La consécration (1987)
7.7.1. Le Championnat
7.7.2. La Coupe de France
7.7.3. La Coupe d'Europe

8. La fin d'un règne (1988-1991)

8.1. Les anciens s'en vont (1988)
8.2. La saison fatale (1989)
8.3. Un dernier sursaut (1990)
8.4. La relégation (1991)

9. La remontée (1992)

10. Retour parmi l'élite (1992-1996)

10.1. Courbis, l'Europe d'entrée (1992-1994)
10.2. Transition difficile (1994-1995)
10.3. L'année de tous les délires (1995-1996)

11. Le futur ?


1. Les premiers pas (1881-1939)

Les Girondins de Bordeaux sont nés le 1er Octobre 1881, dans le quartier populaire des Capucins, sous le nom de Girondins Omnisports. On y pratiquait alors surtout des sports individuels, le football n'étant pas encore d'actualité. Ce n'est qu'en 1920 qu'il s'intègrera à cette équipe de pionniers. Des débuts calamiteux : une défaite 12-0 face à la Section Burdigalienne !

Les Girondins commencent à faire parler d'eux dans les années 1930. Aidés par le renfort d'Espagnols fuyant la guerre civile dans leur pays, ils remportent le Championnat de France Amateurs en 1937, battant le F.C. Scionzier en finale, 2-1. Dans la foulée, ils accèdent au professionalisme le 8 Juin 1937. Longtemps réduit à la portion congrue par la concurrence du rugby et du XIII, le ballon rond trouve enfin sa place sur les bords de la Garonne; la Coupe du Monde 1938 allait lui donner l'élan nécessaire pour conquérir le coeur du public.

Du 14 au 18 Juin 1938, la France va vivre au rythme du football, et la grande fête passe par Bordeaux. A cette occasion, la ville s'est dotée d'un stade vélodrome flambant neuf, à l'architecture révolutionnaire, d'une capacité de 30000 places dont 14000 assises et couvertes. C'est le premier stade au monde où les piliers de soutien de la toiture ont été supprimés, offrant ainsi une visibilité parfaite depuis toutes les places.

Le public bordelais va être spécialement gâté lors de cette Coupe du Monde, puisque les artistes brésiliens jouent 3 matches à Bordeaux : leurs deux quarts de finale contre la Tchécoslovaquie, et le match de classement contre la Suède. Léonidas enchante les foules, marque 4 buts pendant ces 3 matches et termine meilleur buteur de l'épreuve avec 8 buts. Le football sort grandi de ce bel été, la route est ouverte...

Il y a néanmoins peu de points communs entre le festival brésilien et le championnat de seconde division 1938-1939 ! Les Girondins finissent 11èmes d'une D2 fantaisiste à 23 clubs, dont 2 abandonnent en cours de saison, et où les deux leaders creusent un écart de 15 points avec le troisième !

Ce résultat ne satisfait guère l'entraîneur bordelais, Benito Diaz, en place depuis plusieurs années. Il faut dire que les Girondins ont beaucoup recruté, il faut le temps que la sauce prenne. Pour consolider l'ossature formée par le grand gardien André Gérard, le défenseur Mancisdior et le bouillonnant attaquant Urtizberea, le club a recruté en Afrique du Nord (Ben Arab, Laid, Ben Ali, Pignol), chez les rivaux bordelais du F.C. et du Deportivo (Busto, Fleurian), en Espagne (Arana, Soladredo, Rebibo), et a chipé à l'O.M. son jeune et talentueux demi centre René Gallice, qui fondera une vraie dynastie à Bordeaux.

A l'été 1939, la montée est l'objectif affiché. L'effectif s'est encore enrichi d'une dizaine de joueurs, dont deux réfugiés espagnols de grand talent, Salvador Artigas et Francisco Mateo. Tout est prêt : la guerre va tout briser.

2. L'Occupation (1939-1944)

2.1. Le début de la Guerre (1939-1941)

Le 1er Septembre 1939, les troupes allemandes envahissent la Pologne. La mobilisation générale est déclarée en France, toutes les compétitions sont suspendues. Deux jours plus tard, la France et l'Angleterre déclarent la guerre au Reich. Les meilleurs éléments des Girondins, Gallice en tête, sont incorporés.

Mais rien ne se passe sur le front occidental, c'est l'interminable "drôle de guerre". En catastrophe, les responsables fédéraux organisent un championnat en 3 zones : Nord, Sud-Est et Sud-Ouest. Rouen gagne au Nord, Nice au Sud-Est, et les Girondins au Sud-Ouest. Après quelques péripéties rocambolesques, on s'apprête à jouer la finale du championnat entre Rouen et Bordeaux, lorsque les armées allemandes se manifestent.

Le 10 Mai 1940, les aérodromes français sont bombardés, le 22 Juin c'est l'armistice. La France est occupée, coupée en deux, et Bordeaux fait partie de la zone occupée.

Entre les prisonniers et les soldats ayant pu se réfugier en Afrique du Nord, difficile de constituer une équipe ! Dans ce but, les Girondins fusionnent avec l'Association Sportive du Port (A.S.P.). Les joueurs sont engagés chez les pompiers portuaires, ce qui leur évite le S.T.O. .

Le championnat 1940-1941 se joue en deux groupes, Nord et Sud, correspondant aux zones occupée et libre. Bordeaux finit 3ème du groupe Nord. Heureusement, la Coupe viendra embellir cette grise saison.

2.2. La première Coupe (1941)

Dans cette Coupe de France, les Girondins réalisent un parcours sans faute. Vainqueurs 4-1 du C.A. Paris, en huitièmes de finale de la zone occupée, ils écrasent Saint-Sevrain 7-3 en quarts, puis Rouen 4-1 en demi-finale, et le Red Star 3-1 en finale de la zone occupée. Ensuite, ils battent Toulouse 3-1 en finale interzone, et retrouvent Fives, le meilleur club nordiste du moment, pour la grande finale.

Ce 25 Mai 1941, à Saint-Ouen, 15230 spectateurs assistent à la victoire des hommes au Scapulaire 2-0, deux buts d'Urtizberea (60ème et 84ème). Les héros sont : Gérard dans les buts, Homar et Mancisdior en latéraux, Ben Ali, Pléziak et Rummerhardt en demis, Szego, Lopez, Urtizberea, Pruvost et Arnaudeau en attaque.

2.3. Le scandale marseillais (1943)

Sous le régime de Vichy, les règlements changent sans cesse. Les Girondins en font les frais, devant laisser partir leurs étrangers, le hongrois Szago, l'espagnol Artigas, et Rummerhardt. Ils finissent 5èmes du groupe Nord en 1942 et 4èmes en 1943.

Il y a néanmoins du changement, au niveau des entraîneurs : Benito Diaz est parti en 1942, remplacé sans succès par le hongrois Stern. Ce dernier laisse en cours de saison sa place à... Urtizberea, promu entraîneur-joueur. Il va mener ses troupes à leur deuxième finale de Coupe en 3 ans, et au premier accroc entre Bordelais et Marseillais...

Dans cette édition 1943 de la Coupe de France, les Girondins se défont de Saint-Nazaire-Penhoët 4-0 en huitièmes, écrasent le frère ennemi du B.E.C. 6-2 en quarts, et battent le Red Star 2-1 en demi-finale. En finale de la zone occupée, ils doivent s'y reprendre à deux fois pour venir à bout du Stade C.A. Paris (0-0 puis 6-3), puis ils battent Lens 2-1 en finale interzone, gagnant ainsi le droit d'affronter l'Olympique de Marseille en finale.

Le 9 Mai 1943, devant 30000 spectateurs au Parc des Princes, l'O.M. et les Girondins font match nul 2-2, mais les Bordelais s'estiment lésés. En effet, sitôt après l'ouverture du score pour Marseille par Pironti, Rolland égalise pour Bordeaux. L'arbitre accorde le but, mais revient sur sa décision sous la pression des joueurs marseillais, qui réclament un hors-jeu. Le temps que le capitaine bordelais, le gardien André Gérard, traverse le terrain, il est trop tard, le jeu a repris...

On s'apprête donc à rejouer la finale, pour la première fois dans l'histoire de la Coupe, lorsque les Marseillais portent réclamation. Ils prétendent que Nemeur n'était pas qualifié pour jouer avec Bordeaux, alors qu'il a déjà disputé 29 matches avec les Girondins depuis son transfert du Havre !! La Fédération donne raison à l'O.M. qui l'emporte sur tapis vert, ce qui provoque un scandale !!

Le 17 Mai 1943, Bordeaux est écrasé sous les bombes américaines. Les aviateurs, gênés par le vent, ont raté leur objectif, la base sous-marine de Bacalan. Ce même jour, le colonel Pascot, commissaire général des sports, annule la décision fédérale et donne la finale à rejouer.

Cela se déroule le 22 Mai, sans Nemeur. Les Girondins, énervés, avec encore le bruit des bombes dans les oreilles, n'ont pas vraiment le coeur à jouer. Devant 32000 personnes médusées, ils encaissent un sévère 4-0. C'est la fin du premier accrochage Bordeaux-Marseille, qui en appellera bien d'autres...

C'est aussi déjà la 6ème Coupe de France pour l'O.M., avec dans les buts un certain Delachet, dont le fils Christian sera champion de France 41 ans plus tard... avec Bordeaux!

3. L'après-guerre : du sacre à la déchéance (1945-1959)

3.1. Première descente (1945-1947)

En 1944-45, les Girondins terminent seconds du groupe Sud, à égalité de points avec le FC Lyon. Ils font donc partie l'année suivante des 18 équipes qui composent à nouveau la Division 1 à poule unique.

Mais les départs ont été plus nombreux que les arrivées, l'entraîneur anglais Bunuyan ne fait pas l'unanimité, bref, la prise de contact avec l'élite est difficile. Malgré la présence de l'arrière gauche des Bleus, Jean Swiatek, les Girondins finissent 14èmes sur 18, et ne doivent leur salut qu'à la différence de buts (-1, contre -26 pour Lyon, relégué). Le miracle ne se reproduira pas la saison suivante : 18èmes sur 20, Bordeaux rejoint la D2.

3.2. La remontée et le titre (1948-1950)

La descente permet de clarifier les choses et de mettre en place une structure solide. L'ancien gardien André Gérard devient entraîneur, le groupe se soude, la remontée est au bout du chemin.

La première année, Arnaudeau marque 28 buts et finit meilleur buteur de D2. Mais cela ne suffit pas; alors, on fait parler la poudre ! En 1948-49, les Girondins inscrivent le total ahurissant de 107 buts dans une D2 à 18 clubs, dont 41 buts du seul Libar ! Cette fois, c'est la remontée...

Pour ce retour dans la cour des grands, les Girondins ont reçu un renfort de choix : l'international néerlandais Albertus de Harder, "le divin chauve". Cet ailier gauche d'exception va donner aux Girondins leur premier titre.

Ce début de saison 1949-1950 est dominé par Lille et son buteur Grumellon. Les Lillois comptent 6 points d'avance début Décembre, et tout le monde les voit déjà champions... sauf les Bordelais, seconds, en embuscade. Et ils ont raison ! Les promus au maillot marine orné du scapulaire blanc réalisent une seconde moitié de championnat de rêve : 29 points engrangés sur 34 possibles, avec en prime une série de 19 matches sans défaite. A l'arrivée, Bordeaux possède 6 points d'avance sur Lille, ainsi que la meilleure attaque (88 buts) et la meilleure défense (40).

Il s'agit bien d'un authentique exploit. Pour la première fois de l'histoire, un équipe promue est championne de France. Seuls Saint-Etienne et Monaco en feront autant. Les principaux artisans de ce succès sont : Depoorter dans les buts, Garriga, Swiatek, Mérignac en défense, Ben Arab, M'Barek et Gallice en demis, Libar et Mustapha en inters, Doye, Persillon, Kargu et de Harder en attaque.

3.3. Le duel avec Nice (1952)

L'année suivante est moins brillante : malgré le renfort de l'ailier de l'équipe de France, Henri Baillot, les Girondins finissent 6èmes. Les choses s'améliorent en 1952, et le doublé aurait pu être au bout sans une grande équipe de Nice.

Bordeaux fait à nouveau parler la poudre : comme en 1950, les Girondins possèdent la meilleure attaque avec 88 buts, atomisant au passage St Etienne 9-0. Mais cette fois, cela ne suffit pas. Les Girondins échouent à un tout petit point de l'O.G.C. Nice.

En Coupe, les Girondins atteignent la finale pour la troisième fois de leur histoire, en éliminant difficilement le Stade Français, puis Rennes, et enfin Lille. Leur ultime adversaire : Nice...

Ce 4 Mai 1952 à Colombes, 61485 personnes assistent à une des plus belles finales de Coupe qui soit, entre les deux meilleures équipes du moment. Dans un match fou, les Girondins ne peuvent empêcher les Niçois de réaliser le doublé. Nuremberg ouvre la marque pour Nice, Baillot égalise, Carniglia puis Belver redonnent de l'air aux azuréens, mais Kargu puis à nouveau Baillot marquent ! 3-3 à l'heure de jeu ! Hélas, Ben Tifour et Cesari donnent la victoire au Gym. Score final : 5-3 pour Nice !

3.4. Descente aux enfers (1953-1960)

Les années suivantes, les Girondins se comportent bien : troisièmes en 53 et 54 (avec un titre de meilleur buteur pour Kargu, 27 réalisations), sixièmes en 55. Mais le club marque le pas, s'endort. La Coupe 1955 entretient cependant l'illusion.

Les Girondins se fraient une nouvelle fois un chemin jusqu'en finale. Mais cette fois, la défaite est sans appel. Ce 29 Mai 1955, devant 49411 personnes, les surprenants Lillois, pourtant mal classés en championnat, ne laissent aucune chance aux bordelais. 4-0 après 35 minutes, score final 5-2, rien à dire.

Plus dure sera la chute : en 1956, c'est la débandade. Bordeaux finit 17ème sur 18 et retrouve la D2. André Gérard est remplacé par Camille Libar; de Harder, Grimonpon, Gallice, Swiatek prennent leur retraite, de nombreux joueurs s'en vont...

Les Girondins restent en D2 en 1957 et 1958, et remontent de justesse en 1958. Ils décrochent la 4ème place synonyme de D1 lors de la dernière journée, en battant Grenoble 2-0 dans un stade vélodrome archi-comble.

Peut-être aurait-il mieux valu rester en D2 ! Car en 1959-1960, c'est l'humiliation. Bordeaux finit bon dernier, à 10 points du premier non-relégué. Et surtout, la défense girondine encaisse la bagatelle de 102 buts ! C'est la plus mauvaise saison de tous les temps pour les Girondins...

4. L'ère Artigas (1960-1969)

4.1. La remontée (1960-1962)

Cette fois, les dirigeants bordelais décident de ne pas précipiter les choses. La remontée se fera en douceur, avec de la suite dans les idées.

Le principal acteur de ce changement : Salvador Artigas. Ce talentueux inter avait effectué un bref passage aux Girondins pendant la guerre; il revient comme entraîneur. C'est un homme rigoureux, intransigeant, ne badinant pas avec la discipline, les joueurs allaient s'en apercevoir.

Pour Artigas, les clés du succès sont simples : travailler plus que les autres (d'où une multiplication des entraînements), insister sur la défense, et avoir une hygiène de vie stricte. Ce dernier point amène même Atrigas à surveiller les sorties nocturnes des joueurs !

Sur le plan de l'effectif, Artigas s'attache les services de garçons solides, de défenseurs respectueux des consignes et insistant sur le marquage. Les résultats ne se font pas attendre : huitièmes en 1961, les Girondins terminent troisièmes en 1962 et retrouvent l'élite.

4.2. L'effet Artigas

Les bordelais arrivent en D1 avec un effectif solide. Aux joueurs ayant participé à le remontée (Moevi, Calleja, Rey, Audebert en défense, Gori, Abossolo, Robuschi en attaque, entre autres), vient s'ajouter l'arrière gauche international André Chorda, redoutable contre-attaquant.

La première saison en D1 confirme la justesse des théorie d'Artigas: Bordeaux possède la meilleure défense du championnat, et termine quatrième, performance remarquable pour un promu.

La saison suivante, Bordeaux se renforce grâce à Didier Couécou, jeune espoir venu du S.B.U.C., et Hector De Bourgoing, un Argentin naturalisé français redoutable en attaque. Néanmoins, les résultats sont à la baisse. Avec autant de victoires que de défaites, les bordelais finissent septièmes, à égalité de points avec un promu, Nantes. Une égalité qui préfigurait les grands duels à venir...

4.3. Toujours placés, jamais gagnants... (1964-1969)

Cette moyenne 7ème place en championnat, en 1964, est compensée par une nouvelle finale de Coupe, contre Lyon. Malheureusement, deux buts de Combin enterrent les illusions des Girondins, battus donc 2-0 par les Gones.

En championnat, dès la saison suivante, les Canaris prennent l'avantage sur leurs rivaux de l'Atlantique. Nantes est champion 1964-1965, avec 2 points d'avance sur Bordeaux, deuxième. La saison suivante, on repasse les plats côté nantais ! Nantes est à nouveau champion, Bordeaux à nouveau deuxième, mais à 7 longueurs.

En 1967, St Etienne reprend le pouvoir aux Nantais, les Girondins finissent quatrièmes. L'âge de l'effectif commence à peser; du coup, Artigas rejoint sa Catalogne pour aller entraîner le F.C. Barcelone. Bakrim lui succède, et avec lui les Girondins vont continuer sur leur lancée : toujours placés mais jamais gagnants...

C'est une vraie malédiction ! Ainsi, en 1968, les invincibles Stéphanois réalisent le doublé en battant les Girondins en finale de la Coupe, 2-1. Wojciak ouvre pourtant le score d'entrée pour Bordeaux, mais Melkoufi bat Montes deux fois... L'année suivante, c'est encore pire. Les Bordelais sont à deux doigts de faire chuter St Etienne en championnat, mais finissent deuxièmes à 2 points. Et pour couronner le tout, ils perdent à nouveau en finale de la coupe, contre Marseille cette fois ! Deux buts des Olympiens dans les 10 dernières minutes, et l'O.M. remporte sa 7ème Coupe 2-0.

5. Les année grises (1970-1978)

Après cette période de bons résultats, melheureusement sans trophée au bout, les Girondins entrent dans l'anonymat. Le ventre mou du classement est désormais le lot habituel, les parcours en coupe sont très brefs, et c'est donc logiquement que le public déserte le Parc Lescure.

Côté entraîneurs, comme toujours quand les résultats sont mauvais, c'est la valse : après le départ de Bakri et un intérim de Danzelle, André Gérard, Pierre Phélipon, André Ménaut et Christian Montes vont se succéder de 1970 à 1978.

Paradoxalement, durant ces années médiocres, Bordeaux forme des jeunes dont certains connaîtront les joies d'une sélection : Jean Gallice, Philippe Bergeroo, Jean-François Domergue, Francis Meynieu, et surtout Alain Giresse. Gigi fait ses débuts en championnat le 17 Octobre 1970 à Nîmes; il ne sortira plus jamais de l'équipe première, sauf pour blessure. Autre preuve de l'efficacité du centre de formation, la Coupe Gambardella que les juniors remportent en 1976.

Les mauvais résultats peuvent s'expliquer en partie par un manque de chance incroyable durant cette période. Ainsi, dès le début de la saison 1974, Philippe Bergeroo se fracture la jambe, et est indisponible jusqu'à la fin de la saison. Bordeaux doit engager un nouveau gardien en catastrophe. Autre exemple : Daniel Jeandupeux, international suisse, un des meilleurs étrangers qui aient jamais joué aux Girondins, voit sa carrière brisée en même temps que sa jambe sur un tacle du marseillais Berdoll, en Octobre 1977. Dernier exemple : pour la saison 1977-1978, Bordeaux recrute le libero international hollandais Blankenburg; mais il s'avère qu'il avait déjà signé ailleurs, d'où finalement sa suspension et les bordelais se retrouvent sans stoppeur...

6. Claude Bez prend le pouvoir (1978-1980)

6.1. Bez aux commandes

En dépit du renfort inespéré de Gernot Rohr en défense, les Girondins échappent de justesse à la relégation en 1978. Le président Jean Roureau passe alors la main à Claude Bez, jusqu'alors trésorier. C'est le début de la grande époque des Girondins.

L'objectif affiché est de monter une grande équipe à Bordeaux, mais les caisses sont loin de déborder. Pour pallier à ce handicap, Bez adopte une tactique simple mais efficace : il embauche systématiquement des joueurs en fin de contrat. Il se taille rapidement la réputation d'un homme dur mais droit en affaires.

6.2. Carniglia, les prémisces du renouveau

Du coup, en 1978, un pléiade de nouveaux joueurs débarquent au domaine de Rocquevielle, où s'entraînent les Girondins. Citons le gardien Christian Delachet, Philippe Redon, Jean-Marc Ferratge, Jacky Vergnes, Georges Van Straelen, et le capitaine de l'équipe nationale Yougoslave Moncilo Vukotic. Pour entraîner tout ce beau monde, Bez recrute l'argentin Luis Carniglia, ancien joueur du Real Madrid, de Nice (il marqua lors de la finale de Coupe 1952 contre les Girondins), de Rome.

Son passage ne sera pas une pleine réussite. Il prône la rigueur en défense, mais donne la priorité à la technique sur le physique. Résultat : 10èmes. Il y a progrès, mais ce n'est pas suffisant. Bez décide alors de viser beaucoup plus haut.

C'est alors le grand chambardement : beaucoup de départs, encore plus d'arrivées, et quelles arrivées ! Toute une ligne d'attaque explosive : Gérard Soler, Bernard Lacombe, Albert Gemmrich ! ainsi que Omar Sahnoun, Félix Lacuesta, Jean-Christophe Thouvenel.

Malgré cela, c'est l'échec. Carniglia essaie de multiples combinaisons, sans succès, et donne sa démission alors que l'équipe est aux portes de la D2. Heureusement, Bez déniche en quelques jours le sauveur : le belge Raymond Goethals, dit "Raymond-la-science". En quelques mois, aidé par l'entraîneur adjoint Bernard Michelena, il remet le navire à flot. Au prix d'une fantastique remontée, Bordeaux termine sixième. La fin de saison est malheureusement ternie par le décès à l'entraînement d'Omar Sahnoun, victime d'une crise cardiaque à seulement 25 ans.

7. L'ère Jacquet ou l'âge d'or (1980-1987)

7.1. L'Europe d'entrée ! (1980-1981)

Fin Juin 1980, Aimé Jacquet, qui vient de sauver Lyon de la relégation, arrive à Rocquevielle pour prendre en main le destin des Girondins. Arrivent également de nouveaux joueurs : René Girard, François Bracci, ainsi que Jean Fernandez et Marius Trésor, qui quittent l'O.M. relégué en D2. Tous les ingrédients sont réunis pour partir à la conqêute de l'Europe.

Jacquet impose son 4-4-2, ce qui implique que Soler et Gemmrich, pourtant tous deux internationaux, alterneront sur le banc, puisque Lacombe est titulaire indiscutable. En défense, Trésor et Bracci retrouvent une seconde jeunesse et une envie de jouer extraordinaire. Bilan : les Girondins terminent troisièmes de la saison 1980-1981 et décrochent leur billet pour la coupe de l'UEFA !

Ils sont en revanche victime d'un écroulement spectaculaire en coupe de France. En quarts de finale, Strasbourg atomise Bordeaux 5-1 à Lescure puis 4-0 à la Meineau ! C'est d'autant plus surprenant qu'aux tours précédents, les Girondins avaient dynamité les Angevins 4-1 et 6-0, puis les Nantais 4-1 à Marcel-Saupin et 6-4 à Lescure !

7.2. L'affaire Pantelic (1982)

Après ce beau résultat, il faut confirmer. Van Straelen s'en va, il faut donc un milieu de terrain. Et là, les Girondins réalisent une affaire fantastique. Pour deux millions de Francs, somme jugée énorme à l'époque, ils rachètent à Lyon les 5 ans de contrat de Jean Tigana ! Par la suite, bien des clubs offriront plus de dix millions pour Jeannot, sans succès...

Pour renforcer l'axe central dans l'optique des joutes européennes, Nourredine Kourichi est recruté comme stoppeur. Enfin, dans les buts, on note l'arrivée remarquée du portier de l'équipe nationale yougoslave, Dragan Pantelic.

Pantelic se fera rapidement remarquer en France. Doté d'une frappe monstrueuse (il a déjà marqué un but sur un dégagement des 6 mètres...), il a la particularité de tirer les pénalties. Il en marquera d'ailleurs 2 avec Bordeaux. Malheureusement, sa carrière se terminera plus vite que prévu. Le 16 Avril 1982 à Lescure, Lens bat Bordeaux 1-0 sur un but entaché d'un hors-jeu. La sortie des équipes est difficile, et dans le couloir menant aux vestiaires, un juge de touche reçoit un coup de pied. Il se retourne et frappe celui qu'il croit être son agresseur : Dragan Pantelic ! qui s'écroule, le cuir chevelu ouvert. Pantelic niera toujours avoir frappé le juge de touche, ce que des témoins confirment; il n'en sera pas moins suspendu 1 an, ce qui précipitera son retour en Yougoslavie...

Cette suspension donnera lieu à un "gag". Pour protester contre la suspension de Pantelic, les Girondins décident de jouer leur dernier match, à Nantes, sans gardien ! C'est Giresse (1m63) qui porte le maillot numéro 1, mais il joue "goal volant", remplacé dans ce rôle par Trésor à l'heure de jeu !!! Bilan : 6-0 pour Nantes, ce qui n'est pas si mal après tout...

7.3. La confirmation (1982)

Mais la saison 1981-1982, ce n'est pas que l'affaire Pantelic. C'est aussi la saison où il faut confirmer, c'est surtout la première participation européenne de Bordeaux depuis 1970.

Au premier tour de cette coupe UEFA, Bordeaux élimine sans problème les islandais de Vikingur Reykjavik (2 fois 4-0). Au second tour, les choses se gâtent, puisque c'est Hambourg et ses Hrubesh, Kaltz, Memering, Jacobs,... Premier match à Bordeaux, remporté 2-1 par les Girondins. Mais c'est insuffisant, puisqu'au retour les allemands gagnent 2-0. Bordeaux sort la tête haute, éliminé d'un petit but par ce qui s'avèrera être le finaliste de l'épreuve...

En Championnat, les Girondins confirment le bon résultat de la saison passée, puisqu'ils terminent quatrièmes et son donc à nouveau qualifiés pour la C3. En coupe de France, le parcours est plus qu'honorable, puisqu'ils ne s'inclinent qu'en quarts de finale, en prolongation, face au futur vainqueur Paris Saint-Germain.

1982, c'est aussi l'année du Mundial espagnol. Bordeaux envoie 8 joueurs dans cette épreuve : Pantelic et Kourichi pour leurs pays respectifs, Trésor, Girard, Giresse, Lacombe, Tigana et Soler avec les Bleus. Ces derniers, emmenés par Platini, réalisent une Coupe du Monde fantastique, avec en point d'orgue la tragique demi-finale de Séville contre la R.F.A. . Le monde entier découvre le milieu de terrain magique Platini-Giresse-Tigana; c'est surtout l'explosion au niveau international d'Alain Giresse.

7.4. En route pour le titre (1982-1984)

7.4.1. 1983 : le tour de chauffe

Pendant le Mundial, cela bouge à Bordeaux. Tout d'abord, le lieu d'entraînement passe de Rocquevielle à la plaine des sports du Haillan. Ensuite, il faut pallier aux départs de Pantelic, Kourichi, Soler et Gemmrich. C'est donc l'arrivée de deux allemands, Caspar Memering au milieu et Dieter Müller en attaque. En stoppeur, Léonard Specht remplace Kourichi, épaulé par Raymond Domenech. Le jeune espoir Richard Ruffier remplace Pantelic dans les cages, tout est prêt.

La Coupe d'Europe propose aux Girondins des adversaires coriaces. Au premier tour, les Allemands de l'Est de Carl Zeiss Iena battent les Girondins 3-1 à l'aller chez eux, mais se font punir 5-0 à Lescure, 3 buts de Müller et 2 de Giresse. Au tour suivant, ce sont les Yougoslaves du Hajduk Split ! Ils sont sans pitié à l'aller. Bordeaux ouvre pourtant le score, mais craque par la suite. Bilan : 4-1 pour Split. Mais les Girondins trouveront les forces pour renverser la situation. Le match retour à Lescure est somptueux, et Bordeaux se qualifie en l'emportant 4-0. Malheureusement, au tour suivant, les Roumains de Universitatea Craiova la jouent vicieuse et physique, durcissent le jeu sans se faire sanctionner. Bilan : 1-0 pour Bordeaux à Lescure, mais 2-0 pour Craiova après prolongation en Roumanie.

En Championnat comme en Coupe, Bordeaux cède devant des Nantais intenables. Les Canaris s'imposent 2 fois en championnat (qu'ils remportent avec 10 points d'avance sur les Girondins), ainsi qu'en huitièmes de finale de la Coupe (0-0 puis 4-0).

7.4.2. 1984 : le sacre

La saison suivante sera la bonne : Delachet reprend du service dans les buts, Patrick Battiston quitte le Forez pour la Gironde, Thierry Tusseau fuit les Canaris pour rejoindre les Marine et Blanc. Les bordelais vont pouvoir se concentrer sur le championnat : en effet, ils se font sortir de la C3 dès le premier tour, par les solides allemands de l'Est du Lokomotiv Leipzig. Les allemands s'imposent deux fois, 3-2 à Lescure sur trois contres meurtriers, puis 4-0 les doigts dans le nez au retour.

Marius Trésor blessé, Patrick Battiston prend le rôle de défenseur central, et conduit les Girondins à leur premier titre, non sans mal. A la trêve, pourtant, Bordeaux possède 5 points d'avance sur Monaco. Mais à la reprise, c'est le blocage (une situation qui se répètera souvent par la suite). Les Girondins perdent des points contre des petites équipes. Monaco revient, bat Bordeaux le 6 Avril et passe en tête.

A quatre journées de la fin, Monaco possède 1 point d'avance, mais le goal average est largement à l'avantage de Bordeaux. La fin de championnat va être terrible!

Premier épisode le 14 Avril. Monaco l'emporte à Strasbourg, Bordeaux bat le PSG à Lescure. Avantage Monaco, d'autant plus que Giresse est foudroyé par un énorme claquage à la cuisse et ne disputera pas la fin du championnat.

Deuxième round le 21 Avril. Monaco l'emporte à domicile contre Rouen, tandis que Bordeaux réalise une superbe performance en s'imposant 4-1 à Auxerre, troisième. Monaco a toujours l'avantage, mais les Girondins ont mis la pression. Elle sera fatale aux monégasques. Le 26 Avril, ils font match nul 1-1 à Toulouse tandis que Bordeaux bat Bastia 2-1.

Tout se joue donc le 2 Mai, lors de la dernière journée. Bordeaux va à Rennes, condamné à la descente, tandis que Monaco reçoit Nantes, sixième quoi qu'il arrive. Si Bordeaux gagne, c'est le titre !! Et c'est ce qui se passe. Bernard Lacombe et Dieter Müller inscrivent les deux buts qui donnent aux Girondins leur premier titre depuis 1950, malgré la victoire de Monaco 3-0 sur Nantes.

7.5. L'année de la Juve (1985)

Au Championnat d'Europe 1984, la France réalise un parcours sans faute, avec cinq girondins dans ses rangs. Seul accroc : la demi finale face au Portugal, remportée dans les dernières secondes de la prolongation. A l'origine des deux buts portugais : Fernando Chalana. Bez craque et casse sa tirelire pour engager la merveille de Benfica. Ce sera le plus gros échec de l'histoire du club...

Au cours d'un banal match de Coupe de la Ligue à Limoges, Chalana est victime d'une déchirure à la cuisse. Il ne cessera jamais de rechuter. En deux saisons il ne jouera que 12 fois en championnat avec Bordeaux. Quel dommage...

Domenech et Zénier s'en vont, et un renfort de choix arrive dans les buts bordelais: Dominique Dropsy. En route pour l'Europe et pour un nouveau titre !

Forts de leur expérience, les Girondins vont admirablement gérer leur parcours en C1, sachant se contenter de la plus petite des marges. Au premier tour, ils éliminent le voisin de l'Athletic Bilbao (3-2 à Lescure, puis 0-0 à San Mames). En huitièmes de finale, c'est le Dinamo Bucarest qui subit la loi des bordelais après prolongation (1-0 à Lescure, 1-1 à Bucarest).

Les quarts de finale contre Dniepropetrovsk vont être épiques. Les soviétiques réalisent le nul 1-1 à Lescure grâce à leur gardien Krakovsky. Le retour faillit ne jamais avoir lieu... En effet, les autorités de l'URSS multiplient les difficultés car Dniepropetrovsk est "ville interdite" ! Finalement, le match a lieu à Krivoï-Rog et les Girondins arrachent le nul 1-1. La prolongation ne donne rien, on en arrive aux tirs au but. Chalana donne la victoire aux Marine et Blanc, en tirant son pénalty du pied droit (alors qu'il était gaucher) !

La demi-finale sera le sommet de l'histoire des Girondins, jusqu'en 1996 du moins. L'adversaire : la Juventus de Turin de Michel Platini !! avec Agnelli, Rossi, Cabrini, Scirea, Tardelli, Boniek... 65151 personnes payantes au Stadio Communale de Turin pour le match aller, assistent à la victoire 3-0 des Bianconeri. Pour ce match, Jacquet a fait un choix curieux : pas de marquage individuel sur Platini. Du coup, il offre deux buts et marque le troisième. Il faut dire que les bordelais ont concédé le premier but sur une mésentente incroyable en défense, et que René Girard a du quitter ses partenaires après 32 minutes de jeu, blessé.

3-0, les carrottes semblent cuites. Et pourtant, Bordeaux a bien failli renverser la situation... Le 24 Avril 1985, 42000 personnes se tassent au Parc Lescure (record d'affluence). Les turinois sont pris à la gorge d'entrée. Müller ouvre la marque à la 25ème minute, mais les italiens resserrent la garde. Pourtant, Patrick Battiston, d'un tir fulgurant d'au moins 25 mètres, porte le score à 2-0 à la 80ème ! Les dix dernières minutes sont héroïques, Tigana a la balle de match au bout du pied à deux minutes de la fin mais rate. La Juve se qualifie, mais d'extrême justesse. Le 29 Mai au Heysel, les coéquipiers de Platini battent Liverpool 1-0 en finale, résultat anecdotique en regard des dizaines de morts dans les tribunes...

Le championnat, lui, a été beaucoup moins serré que le précédent. Bordeaux accumule les points avec régularité, battant deux fois les rivaux nantais. Au bilan, les Girondins sont champions avec 3 points d'avance sur Nantes, et un total impressionnant de 59 points.

7.6. Enfin la Coupe (1986)

A l'issue de cette saison fabuleuse, Dieter Müller s'en va, Martinez et Audrain partent à Marseille. Côté arrivées, c'est moins pléthorique que les saisons précédentes. L'allemand Uwe Reinders et les marseillais Pascal et De Bono font leur arrivée au Haillan, ainsi que Malbeaux. En défense, on notera l'apparition en cours de saison d'un talentueux jeune formé au club, Alain Roche. Sa carrière à venir sera exemplaire.

Mais on réalise vite côté bordelais que cette nouvelle équipe ne possède pas l'entente totale qui a fait le succès de sa devancière. De ce fait, le titre s'échappe rapidement, au profit du Paris SG. Seul fait marquant de ce championnat pour les Girondins : le 18 Janvier 1986, ils s'inclinent à Monaco sur le score de 9-0, devant les caméras de Canal + ! Et il n'y avait que 2-0 au repos...

Autre conséquence des balbutiements de début de saison, l'élimination prématurée en coupe des champions par Fenerbahce. Les Turcs s'imposent 3-2 à Lescure, à la surprise fénérale, et tiennent le 0-0 au retour. Pour sauver la saison, seule reste la coupe de France...

Tout va bien jusqu'en demi-finale. Là, les Girondins tombent sur leur futur successeur au palmarès du championnat, le Paris SG. Le match aller au Parc des Princes s'annonce délicat, d'autant plus que Giresse est blessé. Mais un exploit de Reinders permet aux bordelais d'arracher le nul 1-1. Au Parc Lescure, les Girondins s'imposent 2-1 et se qualifient pour leur 8ème finale.

Au Parc des Princes, l'adversaire désigné est l'Olympique de Marseille, tout juste repris par Bernard Tapie. C'est le premier affrontement d'une longue série, qui précipitera Bordeaux en D2 quelques années plus tard...

Mais pour l'instant, il ne s'agit que de football. Diallo ouvre la marque sur pénalty pour l'O.M., Tigana égalise quelques minutes plus tard. On a recours à la prolongation pour départager les deux équipes, et c'est Giresse qui donne la victoire aux Marine et Blanc d'une superbe balle piquée aux dépens du portier olympien Joseph-Antoine Bell. 2-1 après prolongation : après 45 ans d'attente, la Coupe est enfin de retour à Bordeaux !

7.7. La consécration (1987)

Fin Juillet 1986, la nouvelle fait l'effet d'une bombe dans le milieu du football : Alain Giresse quitte Bordeaux ! En désaccord avec Claude Bez pour des raisons jamais vraiment éclaircies, il rejoint Marseille, désormais l'ennemi juré. La puissance financière de Bernard Tapie commence à faire des ravages dans le football français, peu habitué à de telles manières.Déjà, quelques mois plus tôt, il a tenté d'arracher Jean Tigana aux bordelais...

C'est donc sans Giresse que les Girondins vont vivre leur plus fabuleuse saison. Cette fois, le recrutement a été conséquent. Philippe Vercruysse, José Touré et Jean-Marc Ferreri viennent étoffer le milieu de terrain avec une vocation offensive non dissimulée. Autre renfort de choix : les jumeaux yougoslaves Zlatko et Zoran Vujovic, un défenseur et un attaquant. Un recrutement ambitieux et très cher, Bez ayant dû racheter les contrats de tous ces nouveaux joueurs, à l'exception de celui de Touré. Les résultats sont donc impératifs, ils seront au rendez-vous.

7.7.1. Le Championnat

L'arrivée des jumeaux yougoslaves interdit l'utilisation de Reinders et de Chalana (toujours blessé), en vertu de la règle des deux étrangers; de plus, Touré ne sera pas disponible avant la trêve. L'effectif n'est donc pas si pléthorique que cela. Une équipe type se dégage rapidement : Dropsy, Thouvenel, Specht, Battiston, Zoran Vujovic, Girard, Rohr ou Roche, Tigana, Vercruysse, Ferreri, Zlatko Vujovic. Bernard Lacombe sera le plus souvent remplaçant.

Première modification au mois de Décembre, avec l'arrivée d'un inconnu : Philippe Fargeon. Tout le monde prend Bez pour un fou quand il engage comme joker ce savoyard évoluant à Bellinzona, dans le championnat suisse ! La suite prouvera que Claude Bez a fait preuve d'un flair incroyable, puisque Fargeon inscrira 15 buts en 18 matches de championnat ! La seconde modification sera la rentrée de José Touré au printemps; le "brésilien" s'imposera au milieu du terrain.

Le début de championnat permet aux Girondins de repérer leurs adversaires dans la course au titre : ce sera Nantes et surtout Marseille. Le premier choc a lieu à la Beaujoire : Nantes-Bordeaux. Les bordelais dominent, obtiennent un pénalty que Zlatko Vujovic rate complètement. Il jurera de ne plus jamais en tirer, ce qui sera lourd de conséquences... Les Nantais ne ratent pas le leur, et corsent l'addition en contre en fin de match. Score final 3-0 pour Nantes, et l'O.M. s'échappe.

Le 17 Octobre, les Girondins se déplacent à Marseille. La rencontre s'annonçait plaisante, elle sera en fait très tendue (comme toutes celles à venir), suite à une agression non sanctionnée de Papin sur Zoran Vujovic. Le yougoslave se venge en marquant, Sliskovic riposte pour l'O.M. et on se quitte sur un 1-1.

Par la suite, Bordeaux accumule les matches nuls, et perd même à domicile contre Brest, tandis que Marseille fait le plein de points. L'arrivée de Fargeon va redonner un coup de fouet à l'attaque girondine. Il marque dès son premier match contre Lille, récidive au match suivant contre le Racing d'un ciseau retourné magistral, avant d'en planter 2 au match d'après contre Nice !

A la reprise, Bordeaux prend sa revanche sur les Canaris à Lescure (2-0), puis poursuivent leur duel à distance avec les marseillais. Point d'orgue de cet affrontement, le Bordeaux-Marseille du 11 Avril. Les hommes de Jacquet gagnent facilement 3-0, dans un match une fois de plus heurté, où Rohr et Diallo sont expulsés.

A 6 journées de la fin, Bordeaux possède un point d'avance, mais les rôles s'inversent quand Toulouse vient gagner à Lescure tandis que Marseille s'impose à La Beaujoire ! Les bordelais sont ils en train de payer leurs efforts sur les trois tableaux (championnat, coupe de France, coupe d'Europe) ? Beaucoup le pensent, mais la fin de championnat va leur prouver que Bordeaux est solide.

Victoire 2-1 à Laval, 2-0 à domicile contre Auxerre tandis que l'O.M. perd à Nice, et Bordeaux repasse devant. Le championnat se joue la semaine suivante, puisque Marseille perd à domicile contre Lens alors que les Girondins font match nul 1-1 à Brest grâce encore à Fargeon. Le sacre définitif a lieu lors du match suivant au Parc Lescure, où les Verts sont défaits 1-0 (but de Fargeon) tandis que les Olympiens tombent à Paris 2-0. La première levée est donc pour Bordeaux, champion avec 4 points d'avance.

7.7.2. La Coupe de France

Le tirage au sort a désigné le Racing comme adversaire des Girondins lors des 32èmes de Finale. Le match se joue à Lyon, et les Racingmen perdent, comme en championnat : 3-1. En Seizièmes de Finale, on retrouve les matches aller-retour. Gueugnon tient le nul 0-0 sur ses terres mais s'incline 3-1 à Lescure.

Les choses se corsent en huitièmes, puisque l'adversaire n'est autre que Monaco. Les Girondins s'en défont néanmoins sans trop de problèmes en gagnant 2-0 à Lescure, laissant la victoire au retour aux monégasques 2-1. Scénario à peu près semblable en quarts de finale contre Lille : la décision se fait dès le match aller à Bordeaux, qui l'emporte 3-1. Au retour, Vujovic ouvre le score. Les lillois se réveillent en fin de match, marquent deux fois dans les cinq dernières minutes, mais cela ne suffit pas, Bordeaux est qualifié.

En demi-finale, il reste 2 équipes de D1 (Bordeaux et Marseille) et 2 équipes de D2 (Alès et Reims). Le tirage au sort fait bien les choses, opposant Bordeaux à Alès et Marseille à Reims. On se dirige vers une finale Bordeaux-Marseille, réplique du duel en championnat. Marseille se défait aisément de Reims (2-1 et 5-1), tandis que les Girondins peinent à éliminer les Cévenols : 2-2 à Alès, et un pitoyable 0-0 à Lescure.

Le 10 Juin 1987, au Parc des Princes, on assiste donc, pour la première fois de l'histoire, à la même finale que l'année précédente. Et le vainqueur sera le même ! Alain Giresse a beau se démener face à ses anciens coéquipiers, Bordeaux s'impose 2-0, grâce à un but de Fargeon après 14 minutes de jeu, Zlatko Vujovic clôturant la marque à 2 minutes de la fin.

Les Girondins réalisent donc le doublé, tandis que les marseillais subissent le même sort que les bordelais en 1952 contre Nice : dauphins en championnat de leur vainqueur en finale de la coupe. Ce que l'on ne sait pas encore, c'est que Marseille va dominer le football français comme seul Saint Etienne l'a fait avant, alors que Bordeaux ne connaîtra plus la joie d'un trophée...

7.7.3. La Coupe d'Europe

La campagne européenne commence en douceur, avec les irlandais de Waterford. 2-1 en Irlande, 4-0 à Lescure, on passe à la suite. Et la suite, c'est Benfica !

Au match aller, devant 110 000 personnes au stade de la Luz, les Girondins obtiennent un excellent nul 1-1, Zlatko Vujovic ouvrant le score avant que Rui Aguas n'égalise. Le match retour est hyper tendu. Vercruysse marque d'un somptueux coup franc juste avant la pause, puis la défense tient. 1-0, Bordeaux se qualifie.

En quarts de finale, l'adversaire désigné est le Torpedo Moscou. Les Girondins l'emportent 1-0 à Lescure au match aller (but de Fargeon), malgré une domination constante. Le match retour s'annonce délicat, il le sera. Pourtant, sur un contre, Zlatko Vujovic obtient un pénalty que Touré transforme (38ème). Peu après la reprise, Agachkov égalise sur pénalty (48ème). Prigoda donne un coup de main aux bordelais en marquant contre son camp (59ème), mais Chirinbekov (62ème) et Agachkov sur un nouveau pénalty (70ème) donnent l'avantage au Torpedo ! Les 20 dernières minutes seront terribles, mais la défense tient, et Bordeaux se qualifie grâce aux buts à l'extérieur.

En demi-finale, les Girondins retrouvene le Lokomotiv Leipzig, qui les avait éliminés sèchement en 1983. Match aller à Bordeaux : les Marine et Blanc dominent comme jamais on n'a dominé en coupe d'Europe. Mais le gardien allemand Müller arrête tout, et quand il est battu, c'est la barre qui le sauve, sur un superbe coup-franc de Touré ! Et à la 65ème minute, c'est le drame. Zoetsche remonte le ballon côté droit, centre pour Richter. Ce dernier dévisse complètement sa reprise, qui part en vrille, le ballon retombe sur la barre qui le redonne à Bredow qui passait par là : 1-0 pour Leipzig !

Le match retour s'annonce délicat : aucune équipe française n'a jamais gagné en R.D.A., et en plus Battiston et Specht sont forfait ! Ce sont Rohr et Roche qui les remplacent. Dès la 4ème minute, Zlatko Vujovic, aidé par le défenseur allemand Lindner, remet les deux équipes à égalité. Les allemands bétonnent ensuite derrière, rien ne passe. Bordeaux est à deux doigts de tomber lorsque Leipzig obtient un pénalty, mais Dropsy l'arrête ! La prolongation ne donne rien, on en arrive donc aux tirs au but.

La première série de 5 tireurs ne donne rien (4-4). Roche marque, les allemands aussi. Il faut trouver un 7ème tireur à Bordeaux, le regard se porte naturellement sur les deux attaquants de pointe, Fargeon et Zlatko Vujovic. Et là, faillite complète ! Zlatko refuse de tirer les pénalties depuis son échec à Nantes, quand à Fargeon, dieu seul sait pourquoi il refuse... Toujours est-il que c'est Zoran Vujovic qui s'y colle, et qui rate, comme on pouvait s'y attendre... Autant, deux ans avant contre la Juve, on avait le sentiment d'avoir perdu contre plus fort que soi, autant cette fois, on a le sentiment d'être bêtement passé à côté de quelque chose de grand. Comme on aurait aimé voir les Girondins affronter l'Ajax Amsterdam des Van Basten, Verlaat, Rijkaard, Gullit, Bergkamp, Witschge, Winter...

8. La fin d'un règne (1988-1991)

8.1. Les anciens s'en vont (1988)

Après la déconvenue de Leipzig et le brillant doublé, bon nombre des glorieux anciens s'en vont : Battiston part à Monaco, Specht retourne en Alsace, Lacombe et Rohr vont s'occuper d'un centre de formation. Côté arrivée, Didier Sénac vient de Lens pour renforcer la défense, et Dominique Bijotat de Monaco pour l'attaque. Eric Péan rejoint également le Haillan, tandis que deux jeunes issus du centre de formation sont lancés dans le grand bain : Christophe Dugarry et Bixente Lizarazu.

Malgré ces renforts, Bordeaux ne réussira pas la passe de trois en championnat. Patrick Battiston la réalise avec Monaco, emmené par un grandiose Glenn Hoddle. Les monégasques sont champions, devant les bordelais, à 6 points. Fargeon marque 13 buts et est une nouvelle fois meilleur buteur du club, tandis que Giresse termine sa carrière à Marseille. En coupe, les Girondins tombent dès le premier tour, aux pénalties face à Nantes. En coupe d'Europe, Bordeaux est sorti en quarts de finale par le futur vainqueur, le PSV Eindhoven, sans perdre (1-1, 0-0).

8.2. La saison fatale (1989)

A l'intersaison, les départs sont nombreux : Philippe Vercruysse rejoint la Canebière, Zlatko Vujovic part à Cannes, Bijotat retourne à Monaco, accompagné de José Touré, Girard prend sa retraite.

Pour faire face à la concurrence marseillaise, Claude Bez casse une nouvelle fois sa tirelire : il s'attache les services du meneur belge Enzo Scifo, de la star anglaise Clive Allen, du danois Jesper Olsen. Côté français, Eric Dewilder, Bernard Genghini, Yannick Stopyra, Eric Thomas viennent renforcer l'effectif. En cours de saison, c'est le prodige Eric Cantona qui, viré de Marseille après un mouvement d'humeur, viendra épauler les Girondins.

L'investissement est lourd, et cette fois-ci, la réussite n'est pas au rendez-vous. Bordeaux passe complètement à côté de sa saison. Les Girondins se font éliminer une nouvelle fois par le futur vainqueur de la coupe d'Europe (Naples, en C3), sont ridiculisés par Beauvais dès le premier tour de coupe de France, et surtout terminent treizièmes du championnat.

Ces mauvais résultat entraînent le limogeage d'Aimé Jacquet en cours de saison, après 26 matches; il est remplacé sans succès par Didier Couécou. C'est la fin de 8 années de rêve. Pour la première fois depuis 1981, les Girondins ne sont pas européens. Financièrement, les conséquences sont énormes. En effet, Claude Bez avait logiquement tablé sur une qualification européenne pour son budget, en particulier pour financer les gros travaux d'aménagement du Haillan...

8.3. Un dernier sursaut (1990)

Pour remonter la pente, une seule solution : faire rentrer de l'argent. Pour cela, il faut obtenir des résultats, et vendre des joueurs.

On va alors assister à quelque chose d'assez comique : une circulation de joueurs entre Bordeaux et Marseille, avant une lutte sans pitié entre ces deux clubs pour le titre. Ainsi, Tigana et Roche vont à Marseille, tandis que Bell, Allofs, Durand et Meyrieu parcourent le chemin en sens inverse. Pour renflouer les caisses, l'effectif est épuré : départs de Allen, Cantona, Dewilder, Gnako, Pascal, Péan, Scifo, Thomas, Zoran Vujovic, plus les départs en retraite de Dropsy et Genghini.

Côté arrivées, Raymond Goethals prend l'équipe en main, et recrute Piet den Boer, Jean-Luc Dogon, Stéphane Paille, Bernard Pardo. Patrick Battiston revient finir sa carrière aux Girondins, tout le monde croit à un nouveau titre.

Tout le monde y croit... jusqu'à la trêve. Les Girondins sont impériaux, en particulier à domicile, où ils encaissent leur premier but fin Décembre ! Mais Marseille s'accroche, emmené par un Papin euphorique. A la reprise, les Girondins calent, l'effectif est trop juste. Malgré trois joueurs à 14 buts (Allofs, Ferreri, den Boer), les Girondins finissent seconds à 2 points de Marseille. Papin marque 30 buts et l'O.M. remporte son second titre d'affilée. C'est le chant du cygne pour Bordeaux...

8.4. La relégation (1991)

A la fin du printemps 1990, l'affaire éclate : le déficit des Girondins est révélé, estimé d'abord à 100 puis 300 millions de Francs... Les attaques pleuvent de tous les côtés sur l'équipe dirigeante, le "trou" des Girondins devient un enjeu politique en vue des élections municipales.

Côté transferts, Allofs et den Boer partent, Ben Mabrouk, Deschamps, Gudjohnsen, Kieft, Plancque, Vervoort arrivent, Fargeon revient au bercail. Mais le début de saison est plus qu'agité, les affaires prenant le pas sur le sport.

Bez est contraint de démissionner, les présidents de pacotille se succèdent, et bien évidemment les résultats sportifs en pâtissent. Les étrangers déçoivent, Fargeon effectue un retour aussi catastrophique que sa première arrivée avait été brillante. Pour couronner le tout, les Girondins sont humiliés en coupe d'Europe par l'A.S. Roma, 5-0 et 2-0... Côté entraîneurs, Goethals quitte Bordeaux pour aller épauler Beckenbauer sur la Canebière après seulement 3 journées...Rohr assure l'intérim avant de laisser les commandes à Gérard Gili.

La situation se stabilise quelque peu lorsque Jean-Didier Lange, bras droit du lunettier bordelais Alain Afflelou, prend la direction du club en Novembre 1990. Tant bien que mal, les Girondins se classent dixièmes du championnat, mais l'inévitable dépôt de bilan entraîne la rétrogradation du club à titre disciplinaire en fin de saison, en compagnie de Brest...

9. La remontée (1992)

Bien évidemment, la relégation s'accompagne du départ de joueurs : Bell, Ben Mabrouk, Deschamps, Durand, Ferreri, Kieft, Thouvenel, Vervoort s'en vont, Battiston prend sa retraite. Heureusement, certains tentent le pari de la remontée immédiate. Ainsi, Gaëtan Huard, mis à l'écart sans ménagement de l'O.M., rejoint les bords de la Garonne. Rainer Ernst, Thierry Fernier, Jean-Marc Ferratge, Patrice Lestage, Patrice Marquet, Michel Milojevic viennent participer à l'aventure de la remontée, avec le renfort de Ronan Salaün en cours de saison. C'est Gernot Rohr qui est chargé de l'entraînement.

La mission s'annonce difficile, car les deux groupes sont complètement déséquilibrés. Dans leur groupe, les bordelais retrouvent Strasbourg et Bastia, aux ambitions clairement affichées, tandis que l'autre groupe ne contient aucune grosse équipe.

La lutte Bordeaux-Strasbourg sera féroce. Les Strasbourgeois cartonnent en début de saison, multipliant les 6-0 et 7-0, tandis que Bordeaux, certainement plus attendu, gagne souvent par 1 but d'écart. Mais à l'heure du décompte final, c'est Bordeaux qui monte, avec 52 points contre 49 au Racing. La remontée est acquise lors du derby contre St Seurin, 3-0, 3 pénalties de Ernst.

Heureusement, les Strasbourgeois sortiront vainqueurs des barrages. Il aurait été dommage qu'une telle équipe reste en D2 à cause du déséquilibre des groupes. Illustration de ce déséquilibre : Valenciennes, vainqueur du groupe A, se fait dynamiter par les Girondins en finale de D2, 4-0 et 3-2...

10. Retour parmi l'élite (1992-1996 )

10.1. Courbis, l'Europe d'entrée (1992-1994)

Pour leur retour parmi l'élite, les Girondins, désormais présidés par Alain Afflelou et Jean-Didier Lange, embauchent Rolland Courbis comme entraîneur. Ce dernier va permettre aux bordelais de jouer d'entrée les premiers rôles.

Un recrutement intelligent et opportuniste permet aux Girondins de s'attacher les services de nombreux joueurs, dont l'espoir Zinedine Zidane, et les internationaux brésiliens Valdeir et Marcio Santos. Le talent de Courbis fait le reste : ces deux saisons se terminent par deux quatrièmes places, remarquable performance pour un promu. Bordeaux retrouve donc l'Europe dès sa première saison en D1. Le parcours en C3 en 1993 sera malheureusement plus court que prévu, à cause de nos amis allemands de Karlsruhe, qui profitent de l'incroyable indulgence des arbitres (à l'aller comme au retour) pour multiplier les agressions sans être sanctionnés. Pire, le seul expulsé de cette double confrontation sera bordelais, Stéphane Paille, dont les nerfs lâchent après 10 minutes au match retour (gifle). Incroyable...

10.2. Transition difficile (1994-1995)

A la fin de la saison 1994, Courbis quitte le club, en désaccord avec Afflelou. Ce dernier effectue alors un recrutement étrange, Marcio Santos n'étant pas vraiment remplacé, et l'entraîneur de Benfica, Toni, est embauché... après tous les joueurs !

Toni n'a jamais entraîné que Benfica, le changement est rude. D'ailleurs, ça ne marche pas du tout. Malgré la qualité de l'effectif, le jeu n'est pas à la hauteur. Cela se traduit par une mauvaise ambiance, une élimination en C3 dès le deuxième tour face aux modestes polonais de Katowice après une qualification dans la douleur contre Lilleström au premier tour (c'est tout dire...), et pour couronner le tout l'affaire stéphanoise.

23ème journée, St Etienne-Bordeaux. Il y a 0-0, Bordeaux joue mal, les jeunes Stéphanois aussi. A la 52ème minute, Zidane remonte tranquillement le terrain, quand le Polonais Swierczewski l'agresse d'un violent coup de poing au visage ! Zidane s'effondre, à demi inconscient. Malheureusement pour le Polonais, Didier Sénac passait par là ; voyant l'état de Zidane, il pète les plombs et s'acharne sur le Stéphanois : coups de poings, coups de pieds sur le joueur à terre... Et comme si ça ne suffisait pas, Lizarazu et Dugarry en remettent une couche. L'arbitre, dépassé, exclut Swierczwski ; il excluera le Bordelais Histilloles pour une peccadille en fin de match (compensation ?). Toujours est-il que la Commission de Discipline, elle, ne va pas faire dans la dentelle : 2 mois de suspension pour Sénac, 4 matches pour Dugarry, 3 pour Lizarazu, plus 2 pour Histilloles et 15 jours de minerve pour Zidane... Quelques semaines plus tard, en Coupe de France, Bordeaux termine à 8 contre Strasbourg et Prunier prend 6 matches pour avoir dit ses quatre vérités à l'arbitre... Bilan de tout cela : 5 points en 8 matches, avec 4 défaites de rang, les Girondins passent de la 4ème à la 9ème place, et Toni est limogé après un cinglant 3-6 à Monaco... Ou comment tuer une saison. Eric Guérit, joueur en début de saison, finit entraîneur, Bordeaux termine 7ème et rate la C3 au goal-average.

10.3. L'année de tous les délires (1995-1996)

A l'intersaison, le recrutement est plus que léger : seul Didier Tholot arrive, ainsi qu'un nouvel entraîneur, Slavo Muslin. Côté départs, Sénac, Daniel, Valdeïr, Fofana, Lionel Pérez... Du coup, l'équipe type est bonne mais le banc inexistant. Cela se fera d'autant plus sentir que la saison sera particulièrement longue : 61 matches officiel pour ce qui restera sans aucun doute l'année la plus délirante de l'histoire du club.

On ne sait pas quoi invoquer pour expliquer le parcours désolant des Girondins en Championnat. Certes, il y a eu les blessures, une véritable hécatombe : claquage pour Dugarry (4 mois), pubalgie pour Lizarazu (plus de 2 mois), grave accident de voiture pour Tholot dès Septembre (6 mois) ; l'ambiance "particulière" du club (Prunier pète les plombs en Décembre, remplacé par Jacob Friis-Hansen). Mais tout de même ! Bordeaux ne remporte sa seule victoire à l'extérieur qu'à la dernière journée, et avec la réserve ! Le maintien n'est assuré qu'à la 37ème journée, et les Girondins finissent 16èmes. La plus mauvaise saison depuis 1978 !!! Pour couronner le tout, Bordeaux se fait sortir de la Coupe de France par Toulon (N1), ce qui entraîne une permutation au sein du club, Rohr troquant sa place de formateur pour celle de Muslin à la tête de l'équipe première, et vice-versa.

D'un autre côté, on ne sait pas quoi invoquer pour expliquer l'irrésistible parcours des Girondins en Coupe d'Europe !! Tout commence le 1er Juillet contre Norrköping, dans un Parc Lescure désert (ou presque, j'y étais !), dans la toute nouvelle Coupe Intertoto. Après 6 matches (5 victoires et 1 nul), les Girondins accèdent à la C3 ! Là, ils retrouvent les Allemands de Karlsruhe, avec toujours le même entraîneur qui préfère le full-contact au football-champagne... Mais cette fois, Bordeaux est trop fort : victoire 2-0 en Allemagne, nul 2-2 à Lescure, le tour est joué. Au passage, les teutons obtiennent quand même l'expulsion de Zidane pour un mauvais geste imaginaire (3 matches de suspension plus un sursis qui coûtera cher).

Incapable de gagner à l'extérieur, Bordeaux est irrésistible loin de ses bases en C3 ! Victoire 2-0 à Vardar, puis 1-0 à Volgograd (3 buts de Bancarel), pour affronter le Betis Séville en 1/8 de Finale. Victoire à l'arrachée 2-0 à Lescure sous le déluge, puis qualification obtenue en Espagne malgré la défaite 2-1, grâce à un lob fantastique de 35 mètres de Zidane !

En Quarts de Finale, les Girondins ont rendez-vous avec l'histoire. Leur adversaire : Milan AC. Personne n'ose parier un zloty sur les chances des Bordelais, qui s'inclinent logiquement 2-0 à San Siro, victimes d'une tactique ultra-défensive face à un Milan pas génial. Le retour, c'est la légende... 19 Mars 1996, les 32000 spectateurs d'un Lescure en folie assistent à l'élimination du plus grand club du monde, 3-0, par des Bordelais irrésistibles !! Tholot et Dugarry (2 fois) vengent Giresse et les siens, la Juve est oubliée...

Victorieux (1-0 deux fois) du Slavia Prague en demi-finale, les Girondins tombent finalement en Finale face au Bayern de Munich ; une finale dont on retiendra de l'aller (disputé sans Zidane et Dugarry suspendus pour des cartons sévères et idiots contre Prague) une occasion en or de Tholot non concrétisée suivie 120 secondes plus tard du premier but allemand, et du retour l'agression de Kostadinov sur le capitaine emblématique Lizarazu, avec sortie sur civière et plaie de 15 centimètres au genou pour le Basque. Le Bayern s'impose 2-0 puis 3-1, dommage. Les Girondins établissent quand même le record du nombre de matches européens en une saison (20 !).

11. Le futur ? (1996-...)

La fin de saison est grand-guignolesque. Au lendemain de la finale, Jean-Didier Lange démissionne, puis 15 jours plus tard c'est Alain Afflelou qui se retire, après avoir viré Rohr (qui récupère le centre de formation) malgré ses promesses, ré-engagé Rolland Courbis, traité de "petits cons" les internationaux qui s'en vont, etc... Jean-Louis Triaud prend la présidence, tandis que Lange revient. Côté joueurs, c'est l'exode : Witschge, Zidane, Dugarry, Lizarazu et consorts s'en vont. Au bilan, c'est la plus grande lessive jamais vue dans un club de D1, puisque 12 joueurs s'en vont, plus l'entraîneur et Lucas qui met un terme à sa carrière ! Il ne reste que Croci, Tholot et Toyes !

Les nouveaux dirigeants font table rase du passé "afflelouien", et reconstruisent plus qu'une nouvelle équipe, un nouveau club. Symbole de ce changement : le retour aux anciennes couleurs Marine et Blanc avec le scapulaire. Côté joueurs, 13 arrivées : Ba, Pavon, Micoud, Lambourde, Bodart (gardien du Standard de Liège), Colleter, Ziani, Domoraud, Lendvai (de Hongrie), Gralac du Brésil, Biaggio d'Argentine, Zanotti... et surtout Jean-Pierre Papin ! qui revient en France après ses déboires bavarois. Dans un Parc Lescure au nouveau visage (Coupe du Monde 98 oblige, les pesages sont remplacés par des sièges), la sauce prendra-t-elle ?